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LE VERBE MATÉRIALISÉ ...

 

La divinité du Verbe

Le Verbe est chez l’homme la manifestation, extériorisée par la voix, des lumières de l’esprit. Extériorisations qui se traduisent par la projection hors du corps d’images sonores qui apparaissent comme des reflets de notre vie intérieure, de notre monde spirituel.

 

L’empreinte du verbe

C’est pendant la période préhistorique, il y a environ vingt deux millénaires, que les images du Verbe ont été matérialisées au sens propre du mot en étant reproduites et fixées par l’homme sur un support physiquement palpable. En effet, nos ancêtres troglodytes vivants de la chasse, ont tracé à cette époque leurs premiers dessins probablement destinés à servir une magie dominatrice, ( scènes animalières, de chasse, et autres ), sur les parois des grottes qui leur servaient de refuge et où se manifestait par conséquent leur vie intime.

C’est un grand et merveilleux moment de l’histoire des hommes, car pour la première fois, les traces de leurs préoccupations exprimées jusqu’alors par le verbe et la gestuelle, furent gravées dans la matière et préparées à  traverser les siècles. Elles purent ainsi parvenir jusqu’à nous, portant en elles la mémoire précieuse de l’imaginaire et des acquits de nos lointains ancêtres.

Pratiquement simultanément, un autre grand moment de l’histoire des hommes fut marqué par une autre apparition reliée elle aussi à la magie : celle du premier des signes qui par la suite servirent au comptage.
En effet, sur les parois de certaines grottes quelques signes représentants des bâtons accompagnèrent des dessins d’animaux en comptabilisant ainsi le gibier que nos ancêtres désiraient tuer à des fins d’utilisation pratiques, mais aussi afin de « s’en approprier magiquement » les qualités qui découlaient de l’observation quotidienne de leur mode de vie et semblaient par conséquent les caractériser.
Ce faisant, nos lointains ancêtres ne se doutaient pas qu’ils venaient de créer le premier des symboles numériques et dans le même temps par une équivalence établie entre des dessins représentatifs d’animaux et des signes abstraits symboliquement rattachés au comptage, d’ouvrir leur esprit au principe à la fois binaire et égalitaire de la parité.

Bien plus tard, l’importance de la mémorisation du premier bâton représentant la  première unité fut me semble-t-il reconnue et honorée. Celui-ci ayant acquit sa verticalité ( probablement par une mise en analogie intuitive avec la verticalité des arbres ou de celle de l’homme debout ), fut alors incorporé comme pilier central dans le symbole bien connu du Caducée, bâton magique qui fut attribué par la suite au dieu grec Hermès.

 

L’image du verbe mémorisée, conservée, puis transportée

La principale différence entre une civilisation du verbe et une civilisation de l’image puis de l’écrit tient au désir de conserver une trace matérielle durable à travers le temps ainsi que de satisfaire au besoin de pratiquer des échanges réalisés bien souvent par ambassadeurs interposés. Cette évolution vers un nouveau mode de communication est fondamentale, car elle prédispose à une modification profonde de la forme et de la densité de la pensée dont les messages les plus abstraits deviennent alors plus facilement transmissibles.
Mais les parois des grottes sombres ne pouvaient servir au transport de l’image du verbe. Les humains lors de leurs déplacements la véhiculaient donc en eux et devaient, pour la partager, l’exprimer à nouveau de vive voix ou la transcrire en la gravant une nouvelle fois sur un autre support. Ce qui, il faut bien le dire n’était pas pratique du tout et pouvait donner lieu à de nombreuses distorsions.

Il devenait donc urgent de trouver un moyen de matérialiser cette mémoire afin de pouvoir la transporter et l’exposer enfin définitivement à la lumière dans une transcription qui serait la plus fidèle possible.

 

La mémorisation et la manipulation des nombres

Un pareil système aussi complexe ne s’élabore pas en un jour, et il fallut des millénaires pour que les descendants de ces hommes primitifs, cueilleurs, puis chasseurs devenus éleveurs, résolvent une partie du problème.

Devant la nécessité au cours de leurs déplacements de répertorier fréquemment leur bétail, certains bergers se servirent d’encoches faites sur des morceaux d’os ou des bâtons, chaque encoche établissant une parité avec un des animaux du troupeau.
D’autres se servirent de différentes sortes de nœuds réalisés à l’aide de fils qu’ils laissèrent pendre de leurs vêtements.
Nœuds symboliques dont nous retrouvons de nos jours la trace dans le rite lié dans le Judaïsme à l’emploi du Tilsit qui est un châle de prière rectangulaire de couleur blanche, traversé par des rayures noires, bleues ou multicolores aux quatre coins duquel pendent des franges dont les fils sont organisés et noués de façon à former des ensembles particuliers dénommés Tsitsits.

D'après les écrits de monsieur Marc-Alain Ouaknin, Rabin, Kabbaliste, et  Philosophe  réputé, ces ensembles sont réalisés et ordonnés selon des correspondances qui ont été établies, il y a bien longtemps entre les lettres et les chiffres par de grands religieux Hébreux.

 « Selon une première tradition ressortant de la Kabbale, le nombre de nœuds et de tours composants de ces Tsitsits correspondrait numériquement au Tétragramme YHVH représentatif du nom de Dieu. Tétragramme dont la valeur numérique codifiée est dans le cas des Tsitsits de :

2 nœuds et 10 tours pour la lettre Y ou Yod.
2 nœuds et 5 tours pour la lettre H ou Hé.
2 nœuds et 6 tours pour la lettre V ou Vav.
2 nœuds et 5 tours pour la lettre H ou Hé.
2 nœuds. »


Soit un ensemble de :

10 nœuds et 26 tours.  Ce qui oblige à 36 manipulations.

Il est intéressant de mémoriser pour la suite que le nombre « 36 » est non seulement égal à 6 au carré, c'est-à-dire à « 6 en puissance » mais aussi et surtout, puisqu’il y a 4 coins au châle, que 36 multiplié par 4 nous donne « 144 », soit 12 au carré. Ce qui revient à dire « ( 6 + 6 ) multiplié par son reflet ( 6 + 6 ) » ou bien encore « 12 multiplié par son reflet 12 ».

Cet assemblage de nombres est à rapprocher des écrits de saint jean ( Apocalypse 21, 16 ) selon lesquels la Jérusalem Céleste avait la forme d’un carré de 12.000 stades de cotés, soit 144000 stades de surface, mesure qui équivaut à 1.000 fois la valeur de « 144 ».

Il nous faut à ce propos mettre en exergue que « curieusement dans la même phrase », saint jean précise que sa longueur, sa largeur, « et sa hauteur ! » étaient égales. Ce qui dans ce cas en ferait, ( si nous acceptons l’idée de mêler entre eux les mondes a 2 et a 3 dimensions ), « un cube d’un volume égal à une surface » de 1.728.000 stades soit environ 1.000.000 de fois la valeur approchée de « Racine de 3 ». Rappelons que racine de 3 est égale à 1,7232 !

Faits remarquables pour la suite de notre ouvrage, puisque le nombre 12 correspond aussi au nombre d’intervalles de la corde de mesure à 13 nœuds des Harpedonaptes ( anciens géomètres ) sumériens et égyptiens dont nous exposerons dans un prochain chapitre la très probable origine mythique et les propriétés exceptionnelles, et que 144 fait partie d’une  série de nombres entiers étonnante dite « Série de Fibonacci ».

Toujours selon monsieur Marc-Alain Ouaknin, une seconde explication tout aussi intéressante, rapporte que : « Ces nœuds n’inscriraient pas seulement le Tétragramme « YHVH », mais aussi une variante probablement plus récente, (puisqu’elle comporte des voyelles), qui signifie « DIEU (YHVH) est UN (EHAD) ». Ce nouvel ensemble se décomposerait alors comme suit :

2 nœuds et 7 tours
2 nœuds et 8 tours
2 nœuds et 11 tours
2 nœuds et 13 tours
2 nœuds. »

Ce qui donne un résultat dont la valeur est de 26 tours pour YHVH, majorés de 13 tours pour HEAD. Soit un total de 39 tours. Ce qui, en pratique, une fois majoré des 10 nœuds qui séparent chaque lettre, nécessite « 49 manipulations ».

Le nombre « 49 » est précieux pour les Kabbalistes car, pour eux, il représente: « Le nom ( de Dieu ) en mouvement », lequel, selon leur philosophie, ne peut être enfermé dans les limites d’un langage fini. Ce qui limiterait l’ouverture que donne la Kabbale vers cette puissance spirituelle que représente l’imaginaire transcendé, source de créativité. Cette ouverture étant primordiale selon la philosophie qui ressort de leur concept. Et c’est pour éviter ce genre d’écueil qu’ils placèrent les lettres de leur alphabet en cercle de façon à pouvoir les animer par rotation.
Ce qui se concrétise par la possibilité de décaler chaque lettre le long de ce cercle d’une ou de plusieurs places par rapport à la position qu’elle occupe dans l’ordre alphabétique traditionnel.


a

Lors de l’application de ce concept codificateur, et après un décalage d’une unité, les lettres YHVH deviennent « KVZV», ce qui se prononce Kousou et donne K = 20 ; V = 6 ; Z = 7 ; V = 6 soit  un total de 39 nœuds majorés de 10 tours, le tout nécessitant, comme nous l’avons vu,  « 49 » manipulations.

Observons que par rapport à la première version, la sommation du nombre de nœuds et de tours représentative du « nom de ( Dieu ) mis de la sorte en mouvement qui était auparavant de «  6 au carré » est maintenant égale à « 7 au carré », soit « ( 6 + 1 ) au carré ».
Ce qui revient à dire que le nom de ( Dieu ) « a subit au cours des âges, suite a cette mise en mouvement, une évolution numérique le portant de « 6 puissance 2 » à « 7 puissance 2 », de sorte que ce nouveau résultat une fois multiplié par les 4 coins du châle, nous donne maintenant « 196 ».
Nombre admirable dont la sommation simplifiée par l’application de notre moderne preuve par 9 donne « 7 », et qui correspond aussi à « ( 7 + 7 ) multiplié par ( 7 + 7 ) ». Ce qui revient curieusement  à mettre cette fois en puissance un nombre premier ésotériquement privilégié additionné à son reflet.
Prouesse remarquable, lorsque l’on sait que « le nombre premier 7 », qui correspond au nombre des astres sphériques visibles a l’œil nu qu’avaient par conséquent très rapidement référencés nos Anciens, a la particularité d’être à l’identique de Trois, de Pi et de Un, un nombre d’une extrême importance symbolique.

Ce qui d’ailleurs nous amènera par la suite à exploiter très souvent les qualités aussi bien ésotériques que mathématiques de ces nombres qui, une fois intimement mêlés donnent des résultats susceptibles de déclencher par l’usage d’une alchimie numérique exploitant à la fois les ressources du rationnel et de l’irrationnel :

« Des raisonnements inattendus dont les différents mixages possibles peuvent conduire à des distorsions se prêtant par cette souplesse accordée à des interprétations variées ouvrant sur des voies donnant accès à  un imaginaire alors transcendé».

Il est certain que la mise en reflet d’un nombre et ( ou ) sa mise en puissance ont été largement employés par nos Anciens. Nous tenterons d’en éclairer ses relations avec la magie puis l’ésotérisme au cours de cet ouvrage et particulièrement au cours du chapitre concernant les dieux et les nombres.

La mise en mouvement des lettres de l’alphabet revient, par évidence, à « Sublimer », à « Transcender », les capacités de l’imaginaire puisque, comme nous venons de le voir, il permet à travers l’emploie du processus de transcodage alphanumérique qui l’accompagne, puis de la combinaison entre elles des nouvelles lettres ainsi obtenues, de réaliser de nouveaux mots susceptibles d’interprétations inattendues les reliant éventuellement par associations d’idées au premier mot géniteur ou, par l’application d’une nouvelle codification, a un nombre privilégié.

Toujours selon le même auteur, les Tsitsits sont composés de nœuds de formes différentes qui permettent une inscription codifiée du langage qui de la sorte s’inscrit dans la matière.
Cryptage particulier dont la connaissance du code utilisé permettrait aux initiés, d’avoir le privilège de pouvoir lire la signification cachée qui en découle. C’est à dire, si nous reprenons l’exemple précédent, de rendre vivant par cette animation le nom de Dieu inscrit sous forme voilée dans la matière du châle. Ce qui revient en quelque sorte selon leur philosophie, si je l’ai bien comprise, à le préparer à une certaine forme de « Réincarnation». C’est à dire à le rendre propre à être réactivé sous forme d’ondes, par le verbe, reflet sonore de la spiritualité.

Ainsi, d’une façon générale, on peut dire que les outils de désignation que sont les mots parlés ou écrits, donnent de la sorte, pour les initiés à la kabbale Hébraïque, une réalité particulière aux objets d’un monde occulté « qu’il leur révèle ». Source puissante du développement d’un imaginaire alors transcendé dans lequel ils vont pouvoir puiser les prolongements nécessaires à l’extension de leurs possibilités spirituelles et par conséquent de leurs capacités imaginatives et créatrices.

Il est certain que les Kabbalistes ont doté de cette façon la langue Hébraïque d’une énergie particulière ; « D’un outil extraordinaire promoteur d’ouvertures spirituelles d’une valeur inestimable ». Outil propre à toucher des domaines divers. Outil qu’ils employèrent et continuent d’employer, principalement dans leurs relations philosophiques avec le divin.

Encore de nos jours, chez les Datis, qui sont des Israélites extrêmement religieux, les hommes ont pour habitude de porter un Tilsit dont nous pouvons apercevoir les fils noués qui pendent de chaque coté de leur chemise.
Mentionnons aussi les Imams de la religion Musulmane et les Prêtres Chrétiens qui eux aussi se servent de nœuds, mais cette fois comme de repères pour mémoriser et retrouver sur leurs rudimentaires chapelets l’emplacement codifié de la prière qu’ils ont en cours.
Rappelons que les Harpedonaptes sumériens et égyptiens utilisèrent aussi des nœuds pour la réalisation de leur corde à treize nœuds, donc à douze intervalles.

Mais revenons à nos bergers dont certains trouvèrent plus pratique de faire une entaille par animal sur leur inséparable canne. Ce qui leur permettait, le soir après une étape, a l’arrivée dans un nouveau site, de répertorier facilement à l’aide de cette mémoire transportée le cheptel dont ils avaient la charge.

Le bâton du berger utilisé communément par celui-ci comme soutient pendant la marche, devint de ce fait porteur d’une mémoire qui, par l’ensemble de ses entailles, forma un précieux chiffrage représentatif de la taille du troupeau confié a celui qui le guidait et en assumait la responsabilité.
Cette canne se vit par conséquent dotée de la capacité non négligeable de représenter le dénombrement d’un bien matériel transmissible par héritage.
Elle fut ensuite transmise avec le troupeau, de père en fils, établissant ainsi un lien spirituel et matériel entre les morts et les vivants. Puis elle devint le bâton du pèlerin, soutient d’un voyage alliant dans un équilibre harmonieux l’effort physique à la réflexion.

La charge symbolique du bâton de transmission et de la corde a douze intervalles, « liens entre le spirituel et le matériel », ne cessera de croître avec le temps, puisqu’ils trouveront un prolongement inattendu dans l’usage qu’en feront certains érudits en temps qu’instruments de mesures utilisés principalement lors de la construction des temples destinés aux dieux et aux hommes à la recherche d’une communion avec la spiritualité.

En ce qui concerne le comptage a l’aide de pierres, on peut imaginer une évolution affectant une pierre blanche, couleur du jour, pour un animal sain ; une pierre noire, couleur de la nuit refuge de l’inexpliqué, de l’inconnu, du mystère, pour un animal suspect. A ce stade, le comptage devient inventaire, la pierre dénombre physiquement, et la couleur établit un symbole qualifiant.

Rapportons au passage que le mot « Calcul » en Français, nous vient  du terme « Calculi » qui lui-même vient du Latin « Calculus », « Cailloux ». Il désignait des pierres qui portaient des signes, et qui servaient à compter.

 

L’apport Mésopotamien

Nous croyons savoir aujourd’hui que l’invention de l’écriture, qui suivit celle servant à la reconnaissance et à la manipulation des chiffres, a commencé en Haute Mésopotamie il y a environ 5.200 ans.

En Orient, les cailloux qui étaient employés pour dénombrer des entités « matériellement palpables » donnèrent le jour a des jetons d’argile couverts de formes géométriques primaires qui les personnalisèrent en ajoutant à leur valeur quantitative une valeur objective qualificative complémentaire exprimée sous forme de symboles, ce qui permit de les identifier, puis de les rassembler si nécessaire par familles, avant de les compter.
On améliora même pendant un certain temps le système en façonnant de l’argile sous forme de plaquettes ayants l’apparence de figures géométriques, de têtes d’animaux (par exemple des têtes de bétail), ou d’objets schématisés. Souvent, ces plaquettes portaient six points correspondants à des séries de six animaux. Ce qui reflète en partie l’adoption du système sexagésimal qui fut en ces temps lointains employé par les peuples orientaux conjointement avec le système décimal.
Ces plaquettes d’argile personnalisées qui pouvaient être regroupées en ensembles et éventuellement en sous-ensembles, faisaient donc partie d’un code organisé qui, bien que rudimentaire, présentait les qualités nécessaires à l’évolution des mathématiques et à leur couplage futur avec l’écriture.

Il est intéressant de noter que certaines d’entre elles retrouvées au cours de fouilles sont de forme circulaire et portent sur une de leur face une marque en forme de croix. Ensemble qui fut repris plus tard dans la symbolique Chrétienne sous la forme d’un dessin représentant une croix entourée d’un cercle. Nous savons maintenant que ces jetons servaient au comptage des moutons.
Le choix fait par les premiers Chrétiens d’employer ce symbole significatif propre à rallier les tenants de leur idéologie s’explique a priori fort simplement lorsque l’on sait que l’élevage du mouton était très répandu en Orient et qu’il en découla tout naturellement une exploitation allégorique favorisée par l’analogie existante entre l’image du berger responsable et guide de ses moutons et celle de Jésus, « Le berger des Chrétiens », guide spirituel tant attendu reconnu par une partie de la population comme le Messie.

Il nous faut aussi par évidence considérer que vu sous un éclairage alliant le mysticisme a la géométrie, la présence d’une croix précisant sous une forme équilibrée le point axial pivot du mouvement qui donne naissance au cercle et a la spirale, est d’une importance primordiale.

Pour  éviter  la falsification d’un comptage mémorisé confié a une tierce personne, et rendre secrets et infalsifiables des écrits qui se présentaient sous forme de contrats, de comptes rendus ou de rapports, les Mésopotamiens en vinrent à sceller hermétiquement des plaquettes d’argile couvertes de signes dans une boule d’argile creuse, formant ainsi une sorte de bourse  plus ou moins sphérique qui fut par la suite estampillée du sceau d’un responsable.
En cas de doute ou de litige, il était alors aisé de vérifier la véracité des dires du messager, puisqu’il suffisait de briser cette boule pour que la vérité ainsi libérée se révèle dans sa pureté initiale.
Image que Botticelli en homme d’une grande culture, représenta aux environs de l’année 1486 sous la forme allégorique d’une beauté que dévoile une femme vêtue d’une robe printanière. Beauté qui apparaît dans sa nudité première comme une perle au cœur d’une coquille Saint-Jacques, frêle esquif flottant à la surface des eaux, poussé vers la Terre par les souffles mêlés d’un couple si étroitement enlacé qu’il en paraît androgyne tel Hermaphrodite, l’enfant au sexe ambigu d’Hermès et d’Aphrodite : symboles humanisés du mystère et de la beauté.

 

b

 


Il est évident que le choix par Botticelli de représenter de la sorte cet ensemble d’une puissance allégorique extraordinaire n’est pas innocent, d’autant plus qu’un examen plus approfondi de son œuvre nous révèle une vérité qui ressort de recherches réalisées sur les proportions. Domaine sur lequel se sont particulièrement ( et souvent secrètement ) penchés les artistes de son époque.

Pour desceller cette vérité d’ordre géométrique visiblement occultée, il faut savoir qu’il est possible de représenter schématiquement une coquille Saint-Jacques par un dessin dont les proportions des rayons des cercles utilisés pour le réaliser sont respectivement proches de « 5 / 6èmes et 6 / 6èmes ». Ce qui établit de la sorte une égalité  entre les cotés AC et AD de deux des principaux polygones convexes réguliers connus : le double hexagone et le décagone » ayants sur le schéma qui suit, respectivement pour centre F et E.

 

c cc

Il est certain que cette mise en exergue donne à réfléchir si nous prenons en considération le rapport proportionnel qui unit les cotés de chacune de ces figures à la circonférence de leurs cercles créateurs, et par conséquent a la proportion existant entre ces derniers et leur rayon créateur…

d

 

Pictogrammes et idéogrammes

Les premiers signes écrits sur de l’argile représentaient donc principalement des dessins évocateurs plus ou moins qualifiants ou dénombrant.

On peut dire que les artistes ne furent pas étrangers a la naissance de l’écriture, puisque ces hommes qui, depuis des millénaires faisaient passer à travers leur art des émotions en dessinant sur des poteries des figures géométriques ou des dessins d’animaux, de plantes, etc.…, répertorièrent intelligemment dans un système bien arrêté leurs croquis simplifiés pour exprimer par des schémas, ce qui était comptabilisé.
A peu près a la même époque, des menues tablettes d’argile reçurent l’empreinte de dessins primitifs, sortes d’images symboliques qui renvoyaient à des objets désignés. Par exemple : « homme + couronne = Roi ». Le tout formant au départ un assemblage linéaire rudimentaire, une sorte de rébus. Procédé qui fait appel à ce que nous appelons pictogrammes ou idéogrammes.
Ajoutons pour être complets, que le système était extrêmement compliqué, puisque le même signe, à l’identique du principe de la polyphonie, pouvait avoir des significations très différentes suivant le contexte, et qu’a l’inverse, le même son, la même voyelle ou syllabe pouvait s’écrire de plusieurs façons différentes.

Ces particularités ont d’ailleurs probablement été employées dés cette époque lors de joutes oratoires populaires. Joutes au cours desquelles il était semble-t-il de bon ton de faire appel à des homophonies qui une fois reliées entre elles formaient des mots puis des phrases à double ou triple sens.
Cette pratique d’un « langage codé », souvent très imagé, quelque fois cru et persifleur, est encore en usage de nos jours. Elle se popularisa d’ailleurs sous une forme déviante et évolutive très « vivante » : la langue « verte »,  ( couleur d’espoir, couleur de la nature renaissante au printemps ), dont une partie du vocabulaire devenue argotique au moyen âge, est, bien que déformée par l’usage et le temps, parvenue jusqu’à nous. ( Art Goth : probablement en allusion a l’art de signifier ou de communiquer a travers la puissance des symboles, art dans lequel, il y a des millénaires, ont, semble-t-il, excellés certains érudits Goths ! ).

Au début, les quelques signes géométriques ou dessins qui représentaient des choses assemblées de la sorte étaient peu nombreux, universels, et facilement reconnaissables. Tout allait à peu près bien. C’est à partir du moment ou l’on a voulu étendre les qualifications en combinant entre eux les pictogrammes pour exprimer des idées sous forme de rébus de plus en plus complexes, que les choses se sont compliquées.

l’écriture symbolique est l’écriture naturelle des sociétés naissantes.

Au fur et à mesure que les peuples vieillissent, les symboles et leurs assemblages se multipliant, cette forme d’écriture à l’origine universellement compréhensible perd sa qualité première et  cesse rapidement d’être mémorisable.
On peut dire que « d’une façon générale » la compréhension des signes est inversement proportionnelle à leur degré de diversification. Ce qui apparaît « à de rares exceptions près » (dont l’écriture chinoise est un exemple) comme une résultante pratiquement inéluctable due à l’extension de l’étendue des connaissances acquises par les civilisations qui les utilisent.

 

La Croix Ansée : un symbole particulier

Certains de ces symboles très anciens étaient destinés à provoquer par des raisonnements faisant appel à l’analogie et aux ressources de l’imaginaire, des interprétations aux évocations particulières. Parmi ceux-ci, nous retrouvons « La Croix Ansée », « Croix Anké » ou « Croix Ankh » qui serait paraît-il reconnue encore de nos jours par certains initiés comme une sorte de « Clé » permettant d’ouvrir les mystères ésotériques.

D’après mes recherches, cette dernière sous sa forme géométrisée aurait servi de base pour réaliser une suite de schémas dont les assemblages, au lieu d’être linéaires comme le furent les rébus, auraient été constitués d’une « superposition » de schémas en formant ainsi une sorte de patte feuilletée rappelant celle de nos galettes des rois. Assemblages pour l’écriture et la lecture desquels il aurait été nécessaire d’être initié à un processus opératoire tenu bien évidemment secret.

 

e

 

Ce procédé consistait semble-t-il à décomposer et isoler certaines  parties de la figure d’origine en opérant sur elle une sorte de stratification, puis à la reconstruire par le processus inverse en réalisant de cette façon une sorte de restructuration saccadée des éléments préalablement mis en exergue. Manipulation qui, comme nous le verrons plus loin, semble animer ces éléments d’une « énergie presque magique » et les rend particulièrement évocateurs et singulièrement « vivants ».
Pratique bien connue de nos jours, puisqu’elle est employée pour réaliser les dessins animés qui font notre joie et celle de nos enfants.

 

L’idée géniale de l’écriture hiéroglyphique

Cette idée géniale fut d’utiliser les dessins et les signes non plus seulement pour exprimer une image ou une idée, mais aussi dans certains cas pour renvoyer à des sons, et même a des mots alors souvent monosyllabiques du langage parlé ( par exemple en Sumérien : le ciel « AN », la terre « KI »,etc.….).

Le système d’écriture hiéroglyphique est donc la résultante d’une démarche intellectuelle mélangeant les images et les sons. Ce qui fait qu’il comprend à la fois des signes images issus du monde environnant, et des signes sons qui bien souvent sont issus de l’écoute et de l’imitation des sons du monde animal ou de bruits naturels adaptés aux possibilités vocales de l’homme.

Cependant la combinaison de ces deux procédés, l’un graphique et l’autre sonore, n’était pas encore organisée sous la forme alphabétique.

 

L’écriture cunéiforme

En Mésopotamie, cette écriture servait principalement d’aide mémoire à des comptes agricoles en établissant une sorte de comptabilité destinée aux prêtres afin que ceux-ci puissent répertorier les biens des temples dont ils avaient la charge.


C’est dans cette région que le hasard fait naître la transformation des dessins figuratifs en écriture cunéiforme.

« Ecriture qui, tout en gardant la mémoire des dessins hiéroglyphique dont elle était issue,  portait en elle les prémices de l’écriture alphabétique ».

 

f

 

En effet, lorsque les scribes prirent l’habitude de dessiner les pictogrammes sur leurs tablettes d’argile en se servant de calames (roseaux taillés en forme de biseau ) pour réaliser ces empreintes significatives, le résultat constitua du fait de l’emploie de cet outil et de la malléabilité du support argileux employé comme support, un ensemble d’images partiellement déformées dont les traces sous forme de clous donnèrent les quelques 600 signes composants de « l’écriture » cunéiforme.

 

Les alphabets

Au cours du temps, et « par simplification », l’écriture cunéiforme installa les 30 premiers signes de « l’un des plus anciens alphabets du monde » composé uniquement de consonnes, comme l’atteste le texte de cette petite tablette datée du 14éme siècle av. J.C. retrouvée en Phénicie du nord à Ougarit.

 

g

 

De même, sur le sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos ( 10ème siècle av. J.C.) figure un texte en écriture linéaire comptant « 22 lettres ». Toutes des consonnes.
Remarquons que l’alphabet hébreu ancien qui est parait-il dérivé de l’alphabet araméen avec lequel à été écrit au moins une partie de l’Ancien testament, comptait lui aussi à cette époque « 22 lettres », toutes des consonnes.

Retenons ce nombre « 22 », ( 2 fois le nombre premier « 11 » ), car il est extrêmement intéressant, et nous aurons l’occasion d’en reparler plus loin.

Pendant ce temps, les nombres entiers faisaient leur chemin. Après avoir envahi principalement les différents domaines de la vie matérielle, ils continuèrent de se faufiler dans les méandres de la pensée humaine. Par leur capacité de se prêter à de multiples manipulations, ils ouvrirent la voie à des systèmes de connexions et de correspondances ressortant en partie du domaine de l’analogie, et prirent ainsi de plus en plus une double personnalité a la fois visible et kabbalistique, « ce qui les enveloppa d’une Aura de mystère ».
Leurs assemblages divers et les interprétations empreintes de mysticisme qui pouvaient en découler devinrent pour certains initiés les tenants d’un langage à la fois théorique et pratique propre à des interprétations et à des projections d’ordre métaphysique. Lesquelles leurs servirent en quelque sorte de charnières aux diverses portes donnant accès par transcendance à une certaine forme de spiritualité poussée à son maximum. Forme de spiritualité qui, lorsqu’elle est poussée à son paroxysme, peut devenir dangereuse et même mener à la folie, mais qu’ils considéraient cependant, compte tenu bien entendu de cette réserve, comme propice à une élévation de l’esprit !
C’est probablement aux alentours de cette époque que l’alphabet commença à être employé par les adeptes de la Kabbale numérique d’une façon similaire à celle des nombres entiers positifs,  « A la très grande différence que le système alphabétique, contrairement au système de numération ne ressort pas d’un concept cyclique  ».

Nous avons vu que pour pallier ce manque, les Kabbalistes adaptèrent les signes de l’alphabet utilisés par les profanes pour l’écriture et pour la lecture sous la forme d’une suite linéaire horizontale ou verticale, « en les organisant autour d’un cercle ».
Cette organisation rendant possible la mise en rotation des lettres d’un alphabet qui permettaient à l’origine linéairement de composer des mots sans voyelles dont l’interprétation était déjà de ce fait fort délicate les rendit en sus propres à être mises en couplage avec des nombres afin de réaliser un ensemble circulaire codificateur se prêtant en finale à « une lecture dont la variété des combinaisons devint sans limites ».

L’écriture s’étant répandue dans tout l’Orient, cette région du globe fut parmi une des  premières civilisations  à l’utiliser couramment, et par conséquent à chercher à en améliorer l’usage.
Il est très important de faire ce constat : c’est par la réduction du nombre de signes que s’est réalisée l’alphabétisation. Réalisation qui a permis l’écriture d’une infinité de mots.

Curieuse application de la loi des extrêmes !

L’alphabet d’une langue est la liste des 20 ou 30 lettres avec lesquelles on peut écrire cette langue. Les lettres qui le composent, notent les sons les plus simples.

Les alphabets sont différents de par le monde, car ils ne transcrivent pas les mêmes sons. De plus, certains signes graphiques n’ont pas d’équivalent sonore. Par exemple ceux qui servent à la ponctuation et qui rythment et soutiennent les assemblages des mots et des phrases.

La « Mutation progressive » des hiéroglyphes vers l’alphabétisation rendit avec le temps l’interprétation des écritures de moins en moins universelle, ce qui compliqua la communication entre des peuples de langages différents, et devint de ce fait une nuisance certaine pour les échanges commerciaux ainsi que pour la diffusion des idées et des techniques.

Facilement mémorisable, et très bien architecturée, l’utilisation des alphabets rendit cependant en interne, au sein de chaque groupe linguistique, des services considérables.

Les premiers alphabets ne se sont donc développés que depuis quatre mille ans environ, principalement en Syrie et en Phénicie. A l’origine, comme nous l’avons vu plus haut, pour transcrire les langues parlées, les hommes utilisaient des dessins représentants soit des choses, soit des idées (idéogrammes), soit plus tard des syllabes. Mais il fallait inventer le moyen d’écrire un nombre infini de mots avec le plus petit nombre de signes possible. Et ce fut l’alphabet.

 

Avec les 26 lettres de notre alphabet composées entre elles, nous pouvons obtenir plus de 620 448 401 733 239 439 360 000 mots.

   
   
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